Nous l’attendons depuis 15 ans, il est promis...

jeudi 7 juin 2018

Nous l’attendons depuis 15 ans, il est promis pour 2022. Mais à quel prix ?
Le Conseil Départemental, avec l’appui du Rectorat a sollicité l’intervention de deux "spécialistes", avant même d’avoir évoqué le projet avec les principaux intéressés, personnels du collège ou parents d’élèves : Jérôme Saltet, chef de l’entreprise "Play Bac" et André Giordan, professeur à l’Université de Genève, qui interviennent bénévolement, d’après le recteur... Jérôme Saltet n’essaiera donc pas de vendre ses produits (papiers ou numériques) aux établissements dont il aura piloté la construction ?
On pourrait néanmoins se réjouir d’apprendre que le bâtiment sera conçu sur la base de la pédagogie. Mais si l’on creuse un peu, il apparaît rapidement que le but est de casser la structure "heure de cours" et "classe" pour les remplacer par des "groupes de référence multi-âges" qui seraient pris en charge dans des "ateliers, séminaires, conférences". L’architecture devra s’adapter à un projet pédagogique qui " requiert l’engagement de tous les partenaires du projet". Et parmi les cinq piliers fondamentaux dudit projet apparaît un point inquiétant : "Les processus de déconstruction sont priorisés ; cette phase plus délicate que la construction conduit à un recyclage ou une métamorphose des idées, des raisonnements et des paradigmes préalables."
Officiellement, ce nouveau collège doit permettre la mixité scolaire. L’intention est louable mais il y aura toujours dans l’établissement des élèves en difficulté qui ne tireront pas forcément profit d’un bouleversement total de leurs habitudes scolaires et d’une déconstruction de tout ce qu’ils ont appris avant. De plus, le collège était prévu pour 400 ou 500 élèves mais sa capacité vient d’être portée à 600 avec la perspective d’y accueillir les CM2 de l’une des écoles primaires… et ceci en l’espace de deux semaines… Nous savons pourtant que la difficulté scolaire se traite infiniment mieux dans un établissement de taille raisonnable et plusieurs collèges du département souhaitent voir leur effectif diminuer et reprendre une taille humaine pour pouvoir s’occuper vraiment de tous les élèves.
Le recteur s’est déjà déplacé deux fois pour convaincre les personnels que ce projet était extraordinaire et allait résoudre toutes les difficultés des élèves. Il a répété à chaque visite que lui-même n’avait aucun intérêt dans l’affaire puisqu’il ne serait plus dans l’académie au moment de l’ouverture du collège. Mais peut-être vise-t-il une autre promotion en remerciement de son adaptation parfaite à la vision macroniste de l’Ecole…
Et le calendrier des réunions se précipite. Alors que les personnels n’ont été réellement informés que le 28 mai, on leur demande d’imaginer les grandes lignes du projet pédagogique pour début juillet afin de lancer le concours d’architectes. Pourquoi laisser si peu de temps aux gens pour réfléchir et se concerter alors que le rectorat évoquait déjà ce projet dès le mois de février ?
D’autant que selon L’Est Républicain du 6 juin, la mairie de Bethoncourt refuserait de financer la viabilisation de l’emplacement. Et le Conseil Départemental ne veut pas prendre les frais à sa charge.