Exposition : 1848, « On sera heureux maintenant ! »

vendredi 28 septembre 2018
par  Philippe Piguet

L’exposition se tiendra dans la salle d’exposition de la bibliothèque d’étude et de conservation (1 rue de la Bibliothèque 25000 Besançon). Ouverture du 15 septembre au 21 octobre, du mardi au samedi, 14h-18h, puis uniquement le samedi jusqu’au 8 décembre. Visites guidées le samedi à 15h. Accueil de classes sur rendez-vous.

  • On sera heureux maintenant ! C’est par ce cri généreux et plein d’espérance que Dussardier, un des protagonistes de L’Éducation sentimentale, annonce à Frédéric Moreau la récente proclamation de la République. Nous sommes alors au cœur des émeutes populaires de février 1848 qui renversent la monarchie de Juillet. Surgit l’illusion que le changement de la nature politique du régime va abolir les contradictions et apaiser les conflits sociaux. Les ouvriers et les bourgeois se côtoient sur les barricades. On se rassemble place de la Concorde, on célèbre la Fraternité, on plante dans toute la France des arbres de la Liberté par milliers. Cruelle illusion… La génération romantique s’enflamme pour les grandes idées généreuses, des romans qui mettent en scène les classes populaires obtiennent d’immenses succès, tels Les Mystères de Paris, d’Eugène Sue. Ces nouvelles idées sont aussi, dans une large mesure, issues des utopies développées notamment par Charles Fourier ou Étienne Cabet.
    Cette espérance disparaît en juin lors de la répression brutale des barricades du Paris ouvrier. Le Parti de l’Ordre, effrayé des propositions de remise en cause des rapports sociaux et de la propriété, a coalisé les peurs et les intérêts de classe, contraignant la jeune République à noyer dans le sang une partie des forces qui l’avaient portée au pouvoir. L’octroi de droits formels comme le droit de vote ne résout pas la question de la misère ouvrière et du chômage. La république libérale reste seule et doit asseoir sa toute nouvelle légitimité.
    Au mois de décembre, Louis-Napoléon Bonaparte, encore proscrit quelques mois auparavant, est élu à la surprise générale à la présidence de la République. Les acteurs principaux des événements de février et de juin, comme Lamartine ou Cavaignac, quittent la scène pour ne plus y revenir.
    En moins de dix mois, le pays change de régime politique pour abandonner à jamais la monarchie, réprime une agitation ouvrière et porte à la magistrature suprême un inconnu au nom célèbre qui trois ans plus tard étouffe dans l’oeuf cette toute nouvelle république.
    Durant l’année 1848, tout se passe très vite, tout se joue en un temps très court et les passions politiques sont portées à l’incandescence :
    - Des mesures importantes portées par l’humanisme libéral de la bourgeoisie républicaine comme l’instauration du suffrage universel, l’abolition de l’esclavage dans les colonies, l’abolition de la peine de mort en matière politique, l’adoption définitive du drapeau tricolore sont décidées.
    - La question sociale fait brutalement irruption au centre de la vie politique. Ce sont les débuts du mouvement ouvrier. Mais la brutale répression de juin ouvre une cicatrice entre le mouvement ouvrier et la République, qui ne se referme véritablement qu’au moment du soutien du parti communiste au Front populaire.
    - La participation des masses paysannes à la vie politique du pays, dans un pays qui est encore resté essentiellement rural et qui le reste jusque dans les années 1930, confère ce caractère particulier et conservateur à la vie politique de notre pays.
    - Les grandes institutions de la république apparaissent : la Chambre bien évidemment, affirmant le caractère parlementaire du régime, mais aussi la présidence de la République issue aussi du suffrage universel direct, avec déjà, larvée, la rivalité entre ces deux institutions pour le monopole de la légitimité démocratique.
    Le 170e anniversaire des événements de 1848 et de la proclamation de la Deuxième République est une occasion de mettre en valeur une partie des fonds conservés à la Bibliothèque municipale. Au premier chef le fonds Proudhon, encore peu connu et peu exposé. Proudhon a joué un rôle important lors des événements de 1848 et était le penseur à la fois le plus connu, le plus honni des classes possédantes et aussi le plus cité. Quelques pièces sont également issues du fonds Victor Hugo dont la carrière politique prend à ce moment-là un tournant irréversible. Soutien de Louis-Philippe, puis républicain du lendemain – il est élu représentant du peuple en juin 1848 – il va progressivement passer à gauche de l’échiquier politique. De manière générale, tout le fonds d’imprimés du XIXe siècle conservé rue de la bibliothèque est sollicité, de même que des périodiques anciens qui permettent de suivre les événements de l’année 1848 en Franche-Comté, et particulièrement dans le Doubs.
    Le parcours met en valeur les événements nationaux de l’année 1848, mais aborde aussi le déroulement de la révolution à Besançon et la mise en place locale des pouvoirs de la République. Les représentants du peuple du Doubs, les démêlés des élus locaux avec les représentants du gouvernement (les commissaires de la République), les idées des grands penseurs socialistes originaires de Franche-Comté (Pierre-Joseph Proudhon, Victor Considérant) sont évoqués dans l’exposition.
    La Révolution de 1848, en cela très différente des événements révolutionnaires de 1789, prend son essor dans une société où l’alphabétisation a fait des progrès considérables. Résultat des progrès de l’alphabétisation, de mesures gouvernementales (loi Guizot) et de la multiplication des écoles paroissiales, la très grande majorité des populations citadines sait lire et cet accès direct à l’information progresse aussi dans les campagnes. L’écrit joue un rôle déterminant dans la mobilisation populaire. La presse tout d’abord qui avec les progrès techniques réalisés depuis vingt ans, a accru son tirage, mais aussi le livre, ou disons plutôt les écrivains. L’histoire des Girondins de Lamartine est un des plus grands succès d’édition du siècle et son auteur doit sa grande popularité à ses succès d’auteur. Et de façon générale, c’est le début du rôle politique des avocats.
    L’image, et en particulier la caricature, joue aussi un rôle important. En particulier l’image lithographiée, la généralisation de cette technique permettant une impression à des milliers d’exemplaires à un coût moindre que la taille-douce. C’est l’époque de Daumier et de Gavarni.
    Cette exposition s’inscrit dans la lignée de celle consacrée aux pamphlets politiques. Elle a pour but de questionner le visiteur, de susciter le débat, d’ouvrir le cas échéant la controverse. Elle rappelle que les fonds de conservation d’une bibliothèque municipale ont encore quelque chose à dire à nos contemporains. Les livres sont porteurs de sens et beaucoup d’entre eux, même anciens, demeurent lisibles ! On peut encore, au sens premier du terme, les lire et trouver à cette lecture un sens et un écho à nos préoccupations.

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