Réforme du lycée : derrière la com’, inégalités et désorganisation

dimanche 12 mai 2019
par  Nathalie Faivre

Où en sommes-nous de la réforme lycée et de son application concrète dans les établissements de l’académie ? En repartant des arguments utilisés par le ministère pour faire passer la pilule, on s’aperçoit qu’il y a loin de la coupe aux lèvres :

1. Plus de choix pour les élèves ?
Les 12 spécialités existent bien en théorie, mais dans notre académie, 12 lycées sur 27 ne proposeront pas les 7 spécialités « de base » censées remplacer les disciplines des anciennes séries, ce qui fait 44%, alors que dans l’ancien système, seuls 15% des lycées ne proposaient pas toutes les séries. En ce qui concerne les 5 spécialités plus rares, on constate une ouverture parcimonieuse de la nouvelle discipline « numérique et science de l’informatique » et grosso modo le maintien de l’existant pour celles qui existaient déjà, à quelques suppressions ou transferts près. L’offre de langues vivantes se résume presque partout au tronc commun + l’anglais en spécialité, au détriment des autres LV. Les options facultatives vont prendre du plomb dans l’aile car chronophages et ne rapportant plus de points au bac, sauf les langues anciennes.

La « mutualisation » des spécialités, nouveau concept inventé pour calmer les esprits, ne se fera pas parce que les élèves refusent dans leur immense majorité de demander un enseignement qui n’est pas dans leur établissement : l’impact sur leurs conditions de vie serait trop grand par rapport au gain qu’ils en attendent. La visio-conférence promise dans les zones rurales ne se fera pas non plus faute de moyens techniques (et donc financiers). Reste le CNED, solution coûteuse et pédagogiquement hautement périlleuse pour un enseignement lourd de 4 à 6 heures par semaine, au vu de la motivation et de l’autonomie de la plupart de nos élèves.
La corrélation entre l’origine géographique des élèves et les enseignements qu’ils suivront se fait plus forte avec la réforme.

2. Des parcours plus diversifiés ?
Pour l’instant, les familles raisonnent plutôt en termes utilitaristes dans la perspective du post bac et reproduisent les schémas connus. La plupart des élèves ont choisi des triplettes qui renvoient aux anciennes séries S ou ES : maths/physique/SVT, SES/histoire-géopolitique/langue (enfin, anglais)... Les autres choix moins typiques renverront à chaque fois à assez peu d’élèves, et dans certains lycées les chefs d’établissement les ont déjà prévenus que leurs combinaisons ne seraient pas possibles. Beaucoup d’élèves moyens à faibles ont hésité à choisir les maths, ce qui pourrait s’avérer handicapant dans une perspective de poursuite d’études, d’autant que tous les organismes post-bac n’ont pas encore élaboré leurs attendus.
La réforme renforce les déterminismes sociaux dans le choix des enseignements de spécialité.

3. « Remuscler » le bac ?
La formulation peut laisser perplexe sur l’objectif réel ! S’il s’agit de lui rendre de sa valeur certificative, c’est loupé puisqu’on y introduit une bonne dose de contrôle continu. S’il s’agit de le simplifier, c’est loupé aussi puisque les élèves vont passer de 12 à 15 épreuves actuellement à environ 21 dans le futur système. S’il s’agit de le rendre plus difficile et donc d’opérer un tri des élèves, ce sera sans doute une réussite : les nouveaux programmes et les nouvelles épreuves sont effectivement très ambitieux et s’inspirent de ce qui se fait à l’université, sans tenir compte de la réalité de nos élèves. Ce sera d’autant plus difficile pour eux qu’ils disposeront de peu de temps pour se préparer : les épreuves de contrôle continu commenceront dès le deuxième trimestre de première, et la moitié des épreuves finales de terminale auront lieu aux deuxième trimestre. L’année scolaire sera régulièrement désorganisée par ces nombreuses épreuves, dont la correction est bénévole dans l’esprit du ministre...