RÉFORME DES RETRAITES : PLUS D’ÉGALITE = TOUS PERDANT.E.S !

lundi 14 octobre 2019
par  Benoît Guyon, Jean-Marc Delcourt, Philippe Piguet

Les "réformes" précédentes avaient toutes pour objectifs d’améliorer les choses, avec les résultats que l’on sait... À l’heure où nous est annoncée la panacée, veillons à ce que le remède ne soit pire que le -supposé- mal !

L’argument massue du gouvernement est de persuader que le système actuel de retraite génère des inégalités et que la réforme programmée sera plus juste car tous les salariés seraient traités de la même façon. Vu sous cet angle on ne peut qu’être séduit mais quand on examine le niveau futur des pensions, on sera tous perdants… et les inégalités majeures subsisteront !

Ces « éléments de langage » reposent sur quelques arguments fallacieux que les médias ressassent à longueur de diffusion :

1- Chaque € cotisé ouvre le même droit à pension. Le fait d’asseoir le calcul de la pension sur toute la carrière au lieu des 25 meilleures années dans le privé et 6 mois dans le public qui permet de gommer les années les moins favorables (chômage, congé parental…) et de corriger le faible taux de primes dans le secteur public pénalisera tout le monde.
2- La mise en place d’un âge pivot. Dans l’Éducation nationale, les professeurs, CPE, PsyEN commencent leur vie professionnelle à 24 ans en moyenne et devront cotiser 43 annuités à partir de la génération 73, ce qui donne en réalité une retraite à taux plein à 67 ans !!! Dans ce contexte, un âge pivot ne changera pas fondamentalement les données du problème pour un départ à taux plein. Il faudrait, pour ce faire, intégrer par exemple au calcul des droits, les années d’étude. Sans mesure de compensation de ce type, le niveau des pensions baissera drastiquement.
3- S’agissant du montant des pensions les enseignants qui sont parmi les moins bien payés des pays de l’OCDE et qui, bien que cadre, commencent à 1,25 SMIC ! (2 SMIC en 1980) seront pénalisés au regard des cadres du privé qui ont des salaires nettement plus élevés et des primes conséquentes. Le mécanisme de solidarité intergénérationnelle s’efface donc pour une approche financiarisée et individualiste, et on parle d’égalité…
4- L’argument rebattu comme quoi nous vivons plus longtemps et qui implique que l’on doive travailler plus longtemps semble logique mais s’avère très relatif dès lors que l’on prend en compte l’espérance de vie en bonne santé : 64,9 ans pour les femmes et 62,6 ans pour les hommes ! Que signifie alors une retraite à 67 ans ? Pour les ouvriers il existe une différence de 6 ans en moins d’espérance de vie ! La notion de pénibilité devrait être prise en compte mais pour l’instant les discussions laissent entrevoir une compensation a minima et concernant très peu de professions. Là encore l’égalité passe à la trappe !
5- Le chiffre de 14 points de PIB considéré comme indépassable pour financer les retraites est purement dogmatique : il faut s’autoriser d’autres sources de financement comme la taxation des profits et des dividendes au même niveau que les revenus du travail ou pour permettre l’augmentation des salaires. Brider l’augmentation des recettes implique d’emblée des perspectives de perte pour chacun.

En résumé tous perdant.e.s avec une égalité de façade et une alternative : partir à un âge décent avec une pension (très) diminuée ou travailler jusqu’à un âge très avancé pour bénéficier (peut-être !) du taux plein. Tel est la réalité de la réforme des retraites Macron !

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Liens pour aller plus loin :
- comprendre la réforme http://fsu.fr/-Retraites-comprendre-la-reforme-agir-avec-la-FSU-pour-defendre-nos-droits-.html
- supplément POUR https://www.snes.edu/IMG/pdf/24p_bd_retraites_fsu_2019.pdf
- tract FSU http://fsu.fr/-Des-outils-pour-former-et-agir-.html
- rubrique retraites du site SNES https://www.snes.edu/-Retraites-6280-.html