22 juin 2026

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Point sur les langues : Le naufrage de l’Allemand

Point sur les langues : Le naufrage de l'Allemand

L’allemand va mal. Depuis la reforme du collège de 2015 et le quasi-abandon des classes bilangues, l’enseignement de l’allemand ne cesse de régresser, et ce malgré de multiples promesses de tous les cotés. Mais sans un vrai plan d’action, l’allemand va finir par devenir une langue de (très) faible diffusion, ce qui est déjà le cas dans certaines académies.

Le déclin de l’allemand se voit dans ces quelques chiffres :
Côté enseignants :
* Depuis 2022, plus de la moitié des postes offerts au CAPES d’allemand n’ont pas été pourvus. Durant les 13 dernières années, plus de 1400 postes d’enseignants d’allemand n’ont ainsi pas été pourvus au niveau national.
* Notre académie compte en 2025/26 144 professeurs d’allemand. 46 parmi eux subissent de multi-affectations dans deux ou trois établissements, surtout en collège. En 2019/20 il y avait 26 multi-affectations, et cela malgré un nombre de professeurs plus élevé. Cette détérioration des conditions de travail est une conséquence directe de la réforme du collège de 2015 que le SNES a toujours combattue.

Côté élèves :
* Au niveau national, seuls 13 % des élèves du second degré apprennent désormais l’allemand, contre 22,45 % en 2002.
* Notre académie compte aujourd’hui 13,3 % d’élèves germanistes. Ils étaient 15,65 % en 2020/21 et 16,04 % en 2019-20.
* les classe bilangues sont aussi en recul : 10,9 % des collégiens ont choisi une classe bilangue en 2025/26 contre 12 % en 2023. Au niveau national, ils sont 8,2 % aujourd’hui contre 9,3 il y a deux ans.
*Seules les sections Abibac (env. 100 élevès) et Euro (entre 180 et 190 élevès) restent stables sur les 3 dernières années, la dernière à un niveau très bas.

Ce déclin se voit même au niveau des assistants de langue : L’allemand est la seule LV qui régulièrement ne fait pas le plein : Seuls deux assistants germanophones se sont présentés cette année pour 7 postes !

Face à cette problématique, le rectorat à mis le sujet d’allemand à l’ordre du jour de la Commission des Langues Vivantes le 4 juin 2026. Mme la Rectrice et Mme l’IPR d’allemand ont présenté la « stratégie académique pour l’allemand », un plan d’action en 4 mesures :
1. Pérenniser l’offre de formation
2. Dynamiser l’approche didactique de l’enseignement de l’allemand
3. Intensifier les mobilités
4. Communiquer pour plus de visibilité

Si nous jugeons cette prise de conscience positive, le plan ne semble pas à la hauteur des difficultés et trop éloigné de la réalité. Quoi penser par exemple d’un plan de formation qui a comme but de répondre « à la réalité des enseignants d’allemand comme … la différenciation (multi-niveaux) », si factuellement c’est cette réalité qui dégrade les conditions de travail des enseignants, l’apprentissage des élèves et l’image de l’allemand ? Surtout si le rectorat lui-même reconnaît que le mélange de différents niveaux est anti-pédagogique ? Quoi penser de l’idée d’intensifier les mobilités, vu le travail que ces projets demandent et en sachant qu’un tiers des enseignants d’allemand sont sur deux, voire trois établissements ?

Et surtout, que penser de la sincérité de cette stratégie si on apprend que quelques jours après sa présentation, l’allemand a été supprimé dans le collège Rouget de Lisle à Lons-le-Saunier ? Comment honorer, sous de telles conditions, l’engagement que la France a pris en 2022 d’augmenter de 10 % le nombre d’élèves germanistes d’ici 2030 ?

Le SNES-FSU a donc proposé de son coté des pistes pour relancer l’enseignement de l’allemand. Pour cela il faudrait déjà commencer à prendre en compte la réalité du terrain et les conditions de travail des enseignant.e.s, donc :
1. Intégrer les heures d’allemand que les collègues du secondaire effectuent dans le primaire dans leur service, s’ils le souhaitent, pour soulager les collègues qui se trouvent déjà souvent sur plusieurs établissements.
2. Flécher les heures pour les classes bilangues sur tous les niveaux. Cela lèverait la pression sur les collègues qui doivent chaque année se battre pour leurs heures contre une hiérarchie pas toujours bienveillante à cause de l’insuffisance des DHG et garantirait la pérennité du dispositif.
3. En finir avec les regroupements anti-pédagogique de différents niveaux (p.ex. : 5e/4e bilangues ou de différents parcours, p. ex. : 6e bilangues / 5e LVB) car ces regroupements découragent les parents et sont un frein à l’inscription en Allemand.
4. Assurer la pérennité des postes, surtout en collège. Des BMP attribuées de façon aléatoire tantôt à des TZR, tantôt à des contractuels ou des stagiaires, empêchent toute continuité ainsi que la construction des projets (voyages, échanges, partenariats etc) pourtant primordiaux pour l’attractivité d’une langue.
5. En conséquence, s’emparer du problème de la crise de recrutement, qui touche l’allemand et envisager avec la DPE une réflexion sur les conditions d’affectation des enseignant.e.s, qui partagent parfois leur service sur 3 établissements et chez qui on attend, pour chacun d’entre eux, un investissement total, l’organisation de sorties, voyages, échanges…
6. Proposer l’allemand comme LVC au lycée là où il ne fait pas de concurrence à une autre LVC déjà existante. En ce moment, aucun lycée de l’académie ne propose ce dispositif.

Le rectorat a répondu à nos propositions en argumentant :
 que certaines d’eux ne seraient pas envisageables à cause de problèmes administratifs, comme intégrer des heures à l’école primaire dans le service des collèges du secondaire, sauf dans certains cas très spécifiques et expérimentaux.
 que d’autres ne seraient pas possibles ou pas nécessaires, comme flécher les heures pour les classes bilangues sur tous les niveaux ou arrêter avec les regroupements de différents parcours
 et qu’il va essayer de faire son mieux pour les autres points.

Mais le SNES-FSU refuse que les actions se limitent à des stratégies locales qui se contentent de mettre un pansement sur une réalité toujours plus dégradée. Nous revendiquons une vraie politique favorable à la diversification des LV en général et à l’enseignement de l’allemand en particulier. Cela doit se faire aussi au niveau national, après une prise de conscience du ministère. Assez de promesses, de traités, de bonnes paroles. Maintenant il faut des actes et un vrai investissement pour inverser la tendance. Le déclin de l’allemand n’est pas seulement une perte de diversité linguistique, mais un signal politique alarmant. Dans une époque des montées des nationalismes, le naufrage du partenariat franco-allemande mettrait en danger non seulement l’avenir de ces deux pays, mais la cohésion de toute l’Europe.