28 mai 2026

Actualités

Sectorisation : le SNES-FSU écrit à la rectrice

Sectorisation : le SNES-FSU écrit à la rectrice

Objet : Projet de modification de la sectorisation en 1re technologique - Rentrée 2026

Madame la Rectrice,

En notre qualité de représentantes du SNES-FSU siégeant au CAEN, nous avons eu connaissance, à titre préparatoire, d’un projet de modification de la sectorisation à l’entrée en 1re technologique dans les lycées de l’académie. L’instance compétente n’ayant pas encore eu lieu, ce projet n’a à ce jour fait l’objet d’aucun examen contradictoire ni d’aucun vote. C’est précisément pour cette raison que nous souhaitons d’ores et déjà porter à votre attention les questions qu’il soulève.
Si ce projet devait être confirmé dans ses grandes lignes, il soulèverait des questions fondamentales d’équité sociale, d’égalité de traitement entre les séries, de maintien des petits établissements et de respect des réalités géographiques de notre académie.

Les élèves des séries technologiques - STMG, STI2D, STL, ST2S - sont en proportion significativement plus nombreux à être issus de milieux modestes que leurs homologues de la voie générale. Ce constat est documenté par la DEPP et les rapports du Conseil national de l’évaluation du système scolaire.
Un élargissement de la sectorisation à l’échelle départementale signifierait concrètement, pour ces élèves, une affectation possible dans un lycée éloigné de leur domicile, avec des frais de transport et d’internat que leurs familles ne peuvent pas toujours absorber. Le SNES-FSU exige qu’une réponse claire soit apportée sur ce point avant toute mise en œuvre : quels mécanismes compensatoires seraient prévus pour les familles les plus modestes ?

Une telle réforme introduirait une inégalité de traitement au sein même du lycée. La voie générale n’est soumise à aucune sectorisation équivalente au passage en première : un élève de seconde peut poursuivre sa scolarité en 1° générale dans son lycée sans contrainte géographique supplémentaire, là où son camarade de voie technologique pourrait se voir imposer une affectation dans un autre établissement en cours de scolarité.

Cette asymétrie enverrait un signal institutionnel délétère : la voie technologique serait une voie de moindre liberté, soumise en cours de parcours à des contraintes que la voie générale ignore. C’est à l’exact inverse de la revalorisation affichée des baccalauréats technologiques. Le SNES-FSU ne peut accepter qu’une réforme pénalise davantage les élèves d’une filière déjà hiérarchiquement dévalorisée.

Une sectorisation élargie créerait les conditions d’un déséquilibre au profit des grands lycées urbains. Les familles disposant des ressources culturelles et informationnelles nécessaires sauraient orienter leurs enfants vers les établissements les plus attractifs ; les autres iraient là où il resterait des places. Les petits lycées perdraient mécaniquement des effectifs, fragilisant leurs équipes et justifiant à terme des fermetures de séries. Le SNES-FSU alerte sur cette logique d’assèchement des petits établissements, dont notre académie n’a pas besoin.

Notre académie compte quatre départements dont les configurations géographiques sont particulièrement sensibles : certaines communes sont plus proches d’un lycée d’un département voisin que de leur établissement de rattachement habituel. Si une logique de proximité interdépartementale était intégrée au nouveau dispositif sans critères clairs, transparents et opposables - distances explicites, prise en charge des frais induits - cela ouvrirait la voie à une application arbitraire et inégalitaire selon les territoires.
Dans le Jura, par exemple, un élève de Champagnole qui ne pourrait obtenir Lons-le-Saunier se retrouverait face à un choix tranché : service public éloigné ou privé local. Pour les familles qui en ont les moyens, le choix est rapide ; pour les autres, la contrainte devient injustice. Le SNES-FSU rappelle son attachement sans ambiguïté au service public d’éducation et demande qu’une étude d’impact explicite sur les transferts vers le privé soit intégrée au dossier soumis à l’instance.

Le SNES-FSU ne peut aborder ce dossier sans évoquer la situation du lycée des Haberges à Vesoul. Depuis le 7 mai 2026, ses 950 élèves et sa centaine d’enseignants sont évacués pour une durée indéterminée en raison d’un risque d’effondrement du bâtiment principal. À la rentrée 2026, aucune solution pérenne n’est arrêtée.

Or les Haberges proposent précisément des séries technologiques au cœur de ce dossier. Les élèves de seconde actuels, qui seront en 1re technologique en septembre, ignorent dans quel établissement ils étudieront. Leur imposer en plus l’incertitude de nouvelles règles d’affectation serait proprement indécent. Ces élèves, issus pour beaucoup de milieux modestes, ont déjà subi une brutalité institutionnelle sans précédent : ils méritent des garanties, pas une couche supplémentaire d’incertitude.

En conséquence, le SNES-FSU demande formellement :

1. La tenue sans délai de l’instance compétente, avec communication préalable de l’ensemble des documents utiles, afin que les représentants des personnels et des familles puissent se prononcer avant toute décision.
2. Une étude d’impact précise : effectifs concernés par département et par série, établissements menacés de perte d’effectifs, coût estimé pour les familles, risque de transferts vers le privé.
3. Des garanties explicites d’égalité de traitement entre voie générale et voie technologique en matière de liberté d’affectation.
4. Des critères clairs, transparents et opposables pour toute clause de proximité interdépartementale, assortis de garanties de prise en charge des frais de transport et d’internat.
5. Des mesures spécifiques et immédiates pour les élèves des Haberges : maintien d’une priorité dans le bassin vésulien, engagement écrit sur l’avenir des séries technologiques de l’établissement.

Le SNES-FSU reste disponible pour toute réunion de travail sur ce dossier. Il appartient à l’institution d’entendre les alertes des personnels et des organisations syndicales avant que des décisions aux conséquences durables ne soient prises.

Dans l’attente de votre réponse, et vous priant de croire, Madame la Rectrice, à notre attachement indéfectible au service public d’éducation, nous vous adressons nos salutations syndicales.

Pour le Bureau académique du SNES-FSU, Elvire Celma