17 septembre 2026

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Le Lycée Germaine Tillion de Montbéliard entre exaspération, mobilisation et espoir ?

Le Lycée Germaine Tillion de Montbéliard entre exaspération, mobilisation et (…)

Au petit matin du vendredi 22 mai, à l’initiative d’une pétition initiée par eux-mêmes, de très nombreux élèves du lycée Germaine Tillion manifestaient spontanément et pacifiquement leur mécontentement devant les grilles de leur lycée. Ils demandaient qu’un dialogue soit établi avec direction et dénonçaient des problèmes d’insalubrité, de dégradation progressive des locaux, le manque de communication avec la direction, de nombreux dysfonctionnements organisationnels relatifs aux examens et ils réclamaient qu’un dialogue avec la direction de l’établissement ait enfin lieu. En guise de dialogue social, les élèves trouvèrent face à eux des forces de police lourdement équipées et armées. Sans discussion possible avec la direction de l’établissement, la tension monta crescendo. 


L’après-midi, des tirs de gaz lacrymogène et de LBD mais aussi des charges violentes, des gazages d’élèves à bout portant et des interpellations brutales eurent lieu contre les élèves mobilisés de l’établissement. Choqués par l’usage disproportionné de la violence, des enseignants opérèrent leur droit de retrait et portèrent secours à des élèves mis en danger. Ils tentèrent de négocier et réussirent à obtenir -non sans difficultés ni menaces fleuries- un cessez-le-feu.

Amplement filmés et diffusés en masse, les images de cette journée de violence semèrent la consternation sur tous les réseaux sociaux et scandalisèrent tant les élèves, les parents d’élèves, que la communauté éducative et, au-delà, l’opinion publique dans son ensemble.

Le soir-même, l’intersyndicale SNES-FSU, SUD, FO, CGT, CFDT et SNALC appelait avec l’organisation lycéenne USL à « des discussions avec les lycéenes sur la base de leurs revendications » mais aussi à ce que « la région prenne ses responsabilités, en tant que propriétaire des locaux » et qu’enfin « le rectorat intervienne pour apaiser les relations entre les lycéennes et la police ». L’intersyndicale fut rejointe dans ses mots d’ordre par l’organisation des parents d’élèves de la FCPE.

De leur coté les personnels d’éducation de l’établissement, traumatisés par l’agressivité et la brutalité intenses développées à l’égard de leurs élèves et, se sentant mis en danger par leur propre hiérarchie administrative, rédigèrent plusieurs dizaines de fiches SST (Santé et Sécurité au Travail) pour mise en danger des personnels. Beaucoup d’enseignants obtinrent enfin, auprès des familles, des informations inquiétantes sur les violences sans causes subies par les élèves qui, de leurs côtés, appelaient à continuer le mouvement au lendemain de ce long week-end férié.

Le 26 mai, un comité d’accueil formé d’une compagnie de CRS accueillait les élèves aux abords de l’établissement tandis qu’en urgence le DASEN du Doubs et l’inspectrice « Vie scolaire » prenaient la relève du proviseur pour recevoir séparément les représentantes lycéennes, les représentantes de parent.e.s d’élèves, et ceux des personnels d’éducation. Cependant cette manœuvre visant à saucissonner le front commun qui commençait à se former entre élèves, parents et personnels échoua rapidement du fait de la montée des tensions aux abords de l’établissement entre CRS et élèves. Pour limiter cette tension grandissante, un grand nombre de parents et de professeurs décidèrent de s’interposer sans cependant empêcher que l’ordre soit donné de tirer indistinctement sur la foule. Dès les premiers tirs, un professeur fut blessé à la tête par un galet de grenade lacrymogène lancé dans sa direction. En sang et parce que l’accès des lieux était interdit aux pompiers, le professeur fut exfiltré difficilement.

Consternés par ce niveau de violence inappropriée et mis en danger par les gaz saturant l’atmosphère, les professeurs décidèrent d’opérer à nouveau leur droit de retrait. Dans l’après-midi, ils déclenchèrent une assemblée générale des personnels visant à appuyer les revendications des élèves. Très nombreux, ils rédigèrent le lendemain un cahier de revendication de plus d’une dizaine de pages mettant en cause la gestion néomanagériale et autoritaire de la direction de l’établissement ainsi que son absence persistante de dialogue.

(Voir : https://besancon.snes.edu/Intervention-des-forces-de-l-ordre-au-Lycee-Tillion-de-Montbeliard)

Le mercredi 27 mai, l’assemblée générale intersyndicale (FSU, SUD, FO, CGT, CFDT) et interprofessionnelle des personnels du lycée constatait qu’un grand nombre d’entre eux était en grève, en droit de retrait ou en congés maladie en raison du stress et des violences subies les vendredi et mardi. L’AG intersyndicale décida de mettre en place un piquet de grève reconductible. La grève dura jusqu’au vendredi 29 mai.

Les élu.e.s F3SCT et F2SCT ainsi que les élu.e.s du comité social d’administration (CSA) intervinrent au plus haut niveau et travaillèrent en relation avec l’intersyndicale du lycée Germaine Tillion afin de chercher des solutions satisfaisantes à la crise. Leur intervention permit la mise en place d’une mission d’assistance psychologique des personnels et révéla un niveau sans précédent de syndromes post-traumatiques et un sentiment général de consternation et de manque de confiance à l’égard de l’administration.

Le 18 juin, une réunion intitulée ”Présentation du dispositif d’accompagnement du collectif” était convoquée par le service "relations humaines" (RH) du rectorat. La réunion s’acheva très vite car les représentants du rectorat ne comptaient pas tenir compte des doléances des personnels. Ainsi face à l’absence de dialogue, d’empathie et d’envisager une rentrée sereine avec les responsables de la crise, les personnels d’éducation présents décidèrent à une écrasante majorité de quitter les lieux.

Le 25 août, à quelques jours de la rentrée, les personnels de l’établissement apprenait après un long été d’attente dans un courrier de leur proviseur qu’il serait affecté à d’autres occupations et qu’un nouveau personnel de direction le remplacerait. C’est dans une ambiance plus apaisée que s’est effectuée la prérentrée.

Les personnels du lycée Tillion sont satisfaits de ce changement inédit mais restent plus que jamais mobilisés pour satisfaire leurs revendications et celles des élèves. Cette bataille est le fruit d’un travail collectif et été mené de concert avec les élèves, les parents d’élèves, l’intersyndicale des personnels du lycée Tillion, l’intersyndicale régionale mais aussi avec l’intervention permanente des élus du SNES-FSU.

Morgan LEGAY